Les expositions
 

LA SAGESSE DU PATOIS

Marie Vieli, peintures autour du patois gruérien

20 novembre 2011 –
29 janvier 2012

 
 
Anciennes expositions
 
Romano P. Riedo
La Gruère arrêt sur image
7 novembre –
30 janvier 2011
Marcel Imsand
La vie au chalet d’alpage en Gruyère
29 août – 10 octobre 2010
Marc Halbritter
H2O  Reflexions/
Reflexions
9 mai – 10 octobre 2010
Paul Yerly (1900-1969)
Portraits de vaches (II)
9 mai – 15 août 2010
Paul Yerly (1900-1969)
Peintre paysan
14 fév. - 18 avril 2010
Vaches d'Expo
29 nov. 2009 –
31 jan. 2010
Découvertes archéologiques en Gruyère.
A la conquête des Préalpes
10 mai au 25 octobre 2009

2e Salon de la Vallée de la Jogne
26 janvier - 4 mai 2008
Hedi von Zelewski, mutanda-mutandis
14 oct. - 13 janv. 2008
Les premiers photographes amateur en Gruyère, 1888-1918
Le monde des oeufs
T'as pas cent francs?
Viviane Fontaine
Aspect de la peinture
  mexicaine
Inaccessible Gastlosen
Baroncelli & Fulpius
Sonia Bauters
100 ans de musique
Tout en céramique
Marcel Imsand
Raymond Buchs
Martine Aeschlimann
 
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Martine Aeschlimann

T
erre et flamme
trente ans de céramique

En cercle concentrique, l’artiste a saisi paysages et atmosphères. Partie de Charmey, elle se retrouve à Gruyères, à Fribourg, à Berne, à Zurich. Le labyrinthe n’est-il pas le centre du monde, de notre monde? 

Ariane Laroux saisit cette réalité en présence et en absence. Avec cette peinture du risque qui réside dans l’instant et l’instantané, elle propose une relecture d’espaces connus, des espaces qu’elle triture, fractionne pour en saisir le sens, les sens.

La frontière, chacun l’a expérimentée, a ressenti ce petit trouble physique et psychique provoqué habituellement par la vue du douanier. Chacun a pu constater ce saut culturel d’un paysage à l’autre, d’une langue à une autre. La frontière n’est finalement qu’une ligne, un espace géographique, une volonté politique. Rien de concrètement humain dans ces passages linguistiques dont la Suisse est coutumière.

La Gruyère, district francophone, possède sa commune germanophone, Jaun. Et Charmey en est à la frontière, voisinage historique fait de conflits et de collaborations, de traîtrises et de mariages, de patronymes partagés. Une seule vallée et deux langues: la vallée de la Jogne, Jauntal. Une rivière qui change de nom à la frontière: Jaunbach, la Jogne. Aujourd’hui les temps sont à la collaboration politique et touristique. Au-delà des langues, la vallée résonne des même réalités économiques. Alors on cause, on échange en français souvent, le bilinguisme, hélas, restant principalement l’apanage des germanophones.

Le bâtiment qui abrite le musée du Pays et Val de Charmey était situé à Jaun où il a échappé à plusieurs incendies du village. Dans les année 1970, il n’a pas résisté au développement et s’est vu démonté afin de le protéger par un astucieux syndic menuisier. En 1991, il reprenait vie à Charmey pour y accueillir un musée qui présente le patrimoine culturel et l’histoire de cette vallée. Il devient ainsi l’emblème de ces frontières linguistiques fluctuantes.

1967 Etude des formes traditionnelles avec Philippe Sourdives, poterie de Cliousclat (France)
1969 Etude des émaux avec Aline Favre, Atelier d’Arare (Genève)
1995 Formation en art-thérapie, diplôme du Goldsmith’s College de Londres
1972 - 1974 Travail avec Michel Pastore et Evelyne Porret en Anjou et à la Borne (France). Céramique de grès utilitaire émaillée, décorée, cuite au gaz ou au four à bois
1974 et 1978 Deux séjours d’une année en Inde, recherche autour des techniques traditionnelles de cuisson
1977 Atelier à Genève, céramique de grès utilitaire et de porcelaine
1986 Installation de l’atelier à Autigny (Fribourg)
1995 Exposition collective avec John Collbeck, Pietro Maddalena et Jacky Gabriel au musée du Pays et Val de Charmey
1997 Galerie Artcadache, Vallorbe
1998 Visite des villages de potières au Burkina Faso avec Denise Millet
2000 Symposium céramique et sculpture à Saint-Pétersbourg


L’oeuvre

Née à Genève, il y a un peu plus de cinqante ans, elle vit depuis bientôt vingt ans dans la Glâne fribourgeoise et pratique depuis trente ans la céramique. A la terre, elle mêle aujourd’hui les maux et les mots, de l’art-thérapie à l’atelier d’écriture. Rencontre avec une céramiste à la flamme intacte.

A l’âge de vingt ans, la céramique lui donne, à son insu, rendez-vous à Carouge. Elle s’arrête devant la vitrine d’une céramiste; Catherine Funk tourne une grande coupe au petit pied, une pièce d’un certain raffinement. Coup de foudre! Sous le choc de cette révélation, elle entre dans la boutique. Elle y passera six mois à apprendre les rudiments du tournage. Elle abandonne tout et entre en céramique. Départ pour la France à la recherche, dans le midi, d’une poterie traditionnelle où elle développe sa sensibilité pour la forme, le sens de l’objet, la nécessité d’une fonction.

De retour en Suisse, elle s’attèle à l’émail, l’élément chimique du décor qui nécessite connaissance technique et longues recherches. Avec Aline Favre, elle découvre l’émail. Parallèlement, elle développe une recherche empirique, crée ses propres émaux avec des terres et des cendres en fusion à haute température. La volonté d’une opposition entre savoir-faire et hasard s’affirme dans ce binôme scientifique et empirique, une voie ouverte qu’elle n’a cessé d’explorer.

En Inde, elle approfondit ses connaissances des cuissons traditionnelles et découvre un intermédiaire entre le classique four et le feu ouvert. Les Indiens cuisent leur poterie dans un demi-four dont la coque est reconstruite à chaque cuisson avec de la paille enduite d’argile.

Dans les années 70, elle installe son atelier et débute, après huit ans de vagabondage et de formation, sa propre production. Elle maîtrise alors l’entier du processus de fabrication, du tournage à l’émaillage, de la forme à la série. La poésie peut désormais intervenir, la terre prendre sa place et le feu accomplir son oeuvre. Mais elle travaille les terres. Le grès, par sa solidité, lui inspire des services, des bols - la forme fondamentale à laquelle elle revient sans cesse -; la porcelaine la fascine pour sa lumière et sa transparence; le raku l’attire parfois par ses contrastes; la terre polie lui autorise l’expression de la sensation et de l’émotion. Ses pièces sont frappées au sceau de cette opposition qu’elle affirme complémentaire entre l’originel et le précieux, le brut et l’ouvragé, la lumière et la matité, la terre et son décor.

L’objet est au centre de sa production, au centre de cette oeuvre qui coure sur trente ans. Les bols et les services, les lampes et les brûle-parfums, les plaques décoratives et les coupes sur socle, les vases et les boîtes. Elle s’est toujours refusée à cloisonner son activité en une production qui serait plus mercantile et une autre plus artistique. L’oeuvre en gagne une cohésion étonnante autour de ce thème central et fondateur qu’est chez elle l’opposition du brut et du précieux. La terre laisse ses traces rustiques et l’intervention plus visible du décor imprime finesse et élégance.

Depuis peu, elle intègre au grès, à ses terres polies des éclats, des tessons d’anciennes pièces. Et voilà une manière originale de recréer le mouvement perpétuel. Se poursuit ainsi le jeu sur la transformation de ce matériau qu’est la terre.

Un parcours céramique

Mon parcours céramique est simultanément un voyage dans l’espace et dans le temps. Une histoire de traces. Les traces de la vie, des échanges, celles du feu, celles que j’imprime dans la terre, ou que je laisse, volontairement ou malgré moi.

Le bol, l’objet éternel. Le premier plaisir au tournage, en aligner par séries sur la planche. Puis à l’usage, choisir sa forme, son poids, sa contenance, sa couleur. L’assiette, au service du repas quotidien. Le support idéal où exercer le décor, mandala organisé, géométrique ou lyrique.

Terres polies, conçues d’abord comme des boîtes à intérieur feutré, elles évoluent pour devenir «objet céramique». Les boîtes, écrins pour accueillir un trésor, objet prétexte à travailler les opposés: douceur du papier à l’intérieur, couleurs subtilement accordées ou contrastées avec l’extérieur, plus brut, plus sculptural.

Amphores. Nostalgie un peu cruelle du profond plaisir à façonner des objets dont plus personne n’a besoin. Jeu équivoque, création d’objets comme échoués sur un rivage, vestiges d’amphores-coquillages où des tessons de mes propres pots se sont incrustés, comme les coquillages l’ont fait sur les fragments d’amphores restituées par la mer.

Incrustation de tessons, c’est le chapitre que j’écris aujourd’hui. Montres fusibles amassées sous mon four et tessons sauvegardés quand une belle pièce se casse. L’idée m’est venue de leur donner une nouvelle chance, sous forme de récupération poétique. C’est un jeu stimulant, un défi technique et plastique.

Martine Aeschlimann

Publication

Le Musée du Pays et Val de Charmey publie à l’occasion de cette exposition un catalogue (20 pages, 4 pages couleur). Prix 30 francs. Pour commander: cliquez ici

 
     
 

Musée de Charmey - Case postale 5 - 1637 Charmey (Switzerland)
Tél.: +41 26 927 55 87 - www.musee-charmey.ch E-mail: info@musee-charmey.ch