Martine Aeschlimann
Terre
et flamme
trente ans de céramique
En cercle concentrique, l’artiste a saisi paysages et
atmosphères. Partie de Charmey, elle se retrouve à Gruyères, à Fribourg, à Berne, à Zurich.
Le labyrinthe n’est-il pas le centre du monde, de notre
monde?
Ariane Laroux saisit cette réalité en présence
et en absence. Avec cette peinture du risque qui réside
dans l’instant et l’instantané, elle propose
une relecture d’espaces connus, des espaces qu’elle
triture, fractionne pour en saisir le sens, les sens.
La frontière, chacun l’a expérimentée,
a ressenti ce petit trouble physique et psychique provoqué habituellement
par la vue du douanier. Chacun a pu constater ce saut culturel
d’un paysage à l’autre, d’une langue à une
autre. La frontière n’est finalement qu’une
ligne, un espace géographique, une volonté politique.
Rien de concrètement humain dans ces passages linguistiques
dont la Suisse est coutumière.
La Gruyère, district francophone, possède sa commune
germanophone, Jaun. Et Charmey en est à la frontière,
voisinage historique fait de conflits et de collaborations, de
traîtrises et de mariages, de patronymes partagés.
Une seule vallée et deux langues: la vallée de
la Jogne, Jauntal. Une rivière qui change de nom à la
frontière: Jaunbach, la Jogne. Aujourd’hui les temps
sont à la collaboration politique et touristique. Au-delà des
langues, la vallée résonne des même réalités économiques.
Alors on cause, on échange en français souvent,
le bilinguisme, hélas, restant principalement l’apanage
des germanophones.
Le bâtiment qui abrite le musée du Pays et Val
de Charmey était situé à Jaun où il
a échappé à plusieurs incendies du village.
Dans les année 1970, il n’a pas résisté au
développement et s’est vu démonté afin
de le protéger par un astucieux syndic menuisier. En 1991,
il reprenait vie à Charmey pour y accueillir un musée
qui présente le patrimoine culturel et l’histoire
de cette vallée. Il devient ainsi l’emblème
de ces frontières linguistiques fluctuantes.
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| 1967 |
Etude des formes traditionnelles avec
Philippe Sourdives, poterie de Cliousclat (France) |
| 1969 |
Etude des émaux avec Aline Favre,
Atelier d’Arare (Genève) |
| 1995 |
Formation en art-thérapie, diplôme
du Goldsmith’s College de Londres |
| 1972 - 1974 |
Travail avec Michel Pastore et Evelyne
Porret en Anjou et à la Borne (France). Céramique
de grès utilitaire émaillée,
décorée, cuite au gaz ou au four à bois |
| 1974 et 1978 |
Deux séjours d’une année
en Inde, recherche autour des techniques traditionnelles
de cuisson |
| 1977 |
Atelier à Genève, céramique
de grès utilitaire et de porcelaine |
| 1986 |
Installation de l’atelier à Autigny
(Fribourg) |
| 1995 |
Exposition collective avec John Collbeck,
Pietro Maddalena et Jacky Gabriel au musée du
Pays et Val de Charmey |
| 1997 |
Galerie Artcadache, Vallorbe |
| 1998 |
Visite des villages de potières
au Burkina Faso avec Denise Millet |
| 2000 |
Symposium céramique et sculpture à Saint-Pétersbourg |
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L’oeuvre
Née à Genève, il y a un peu plus de cinqante
ans, elle vit depuis bientôt vingt ans dans la Glâne
fribourgeoise et pratique depuis trente ans la céramique.
A la terre, elle mêle aujourd’hui les maux et les
mots, de l’art-thérapie à l’atelier
d’écriture. Rencontre avec une céramiste à la
flamme intacte.
A l’âge de vingt ans, la céramique lui donne, à son
insu, rendez-vous à Carouge. Elle s’arrête
devant la vitrine d’une céramiste; Catherine Funk
tourne une grande coupe au petit pied, une pièce d’un
certain raffinement. Coup de foudre! Sous le choc de cette révélation,
elle entre dans la boutique. Elle y passera six mois à apprendre
les rudiments du tournage. Elle abandonne tout et entre en céramique.
Départ pour la France à la recherche, dans le midi,
d’une poterie traditionnelle où elle développe
sa sensibilité pour la forme, le sens de l’objet,
la nécessité d’une fonction.
De retour en Suisse, elle s’attèle à l’émail,
l’élément chimique du décor qui nécessite
connaissance technique et longues recherches. Avec Aline Favre,
elle découvre l’émail. Parallèlement,
elle développe une recherche empirique, crée ses
propres émaux avec des terres et des cendres en fusion à haute
température. La volonté d’une opposition
entre savoir-faire et hasard s’affirme dans ce binôme
scientifique et empirique, une voie ouverte qu’elle n’a
cessé d’explorer.
En Inde, elle approfondit ses connaissances
des cuissons traditionnelles et découvre un intermédiaire entre le classique
four et le feu ouvert. Les Indiens cuisent leur poterie dans
un demi-four dont la coque est reconstruite à chaque cuisson
avec de la paille enduite d’argile.
Dans les années 70, elle installe son atelier et débute,
après huit ans de vagabondage et de formation, sa propre
production. Elle maîtrise alors l’entier du processus
de fabrication, du tournage à l’émaillage,
de la forme à la série. La poésie peut désormais
intervenir, la terre prendre sa place et le feu accomplir son
oeuvre. Mais elle travaille les terres. Le grès, par sa
solidité, lui inspire des services, des bols - la forme
fondamentale à laquelle elle revient sans cesse -; la
porcelaine la fascine pour sa lumière et sa transparence;
le raku l’attire parfois par ses contrastes; la terre polie
lui autorise l’expression de la sensation et de l’émotion.
Ses pièces sont frappées au sceau de cette opposition
qu’elle affirme complémentaire entre l’originel
et le précieux, le brut et l’ouvragé, la
lumière et la matité, la terre et son décor.
L’objet est au centre de sa production, au centre de cette
oeuvre qui coure sur trente ans. Les bols et les services, les
lampes et les brûle-parfums, les plaques décoratives
et les coupes sur socle, les vases et les boîtes. Elle
s’est toujours refusée à cloisonner son
activité en une production qui serait plus mercantile
et une autre plus artistique. L’oeuvre en gagne une cohésion étonnante
autour de ce thème central et fondateur qu’est chez
elle l’opposition du brut et du précieux. La terre
laisse ses traces rustiques et l’intervention plus visible
du décor imprime finesse et élégance.
Depuis peu, elle intègre au grès, à ses
terres polies des éclats, des tessons d’anciennes
pièces. Et voilà une manière originale de
recréer le mouvement perpétuel. Se poursuit ainsi
le jeu sur la transformation de ce matériau qu’est
la terre.
Un parcours céramique
Mon parcours céramique est simultanément un voyage
dans l’espace et dans le temps. Une histoire de traces.
Les traces de la vie, des échanges, celles du feu, celles
que j’imprime dans la terre, ou que je laisse, volontairement
ou malgré moi.
Le bol, l’objet éternel. Le premier plaisir au
tournage, en aligner par séries sur la planche. Puis à l’usage,
choisir sa forme, son poids, sa contenance, sa couleur. L’assiette,
au service du repas quotidien. Le support idéal où exercer
le décor, mandala organisé, géométrique
ou lyrique.
Terres polies, conçues d’abord comme des boîtes à intérieur
feutré, elles évoluent pour devenir «objet
céramique». Les boîtes, écrins pour
accueillir un trésor, objet prétexte à travailler
les opposés: douceur du papier à l’intérieur,
couleurs subtilement accordées ou contrastées avec
l’extérieur, plus brut, plus sculptural.
Amphores. Nostalgie un peu cruelle du profond
plaisir à façonner
des objets dont plus personne n’a besoin. Jeu équivoque,
création d’objets comme échoués sur
un rivage, vestiges d’amphores-coquillages où des
tessons de mes propres pots se sont incrustés, comme les
coquillages l’ont fait sur les fragments d’amphores
restituées par la mer.
Incrustation de tessons, c’est le chapitre que j’écris
aujourd’hui. Montres fusibles amassées sous mon
four et tessons sauvegardés quand une belle pièce
se casse. L’idée m’est venue de leur donner
une nouvelle chance, sous forme de récupération
poétique. C’est un jeu stimulant, un défi
technique et plastique.
Martine Aeschlimann
Publication
Le Musée du Pays et Val de Charmey publie à l’occasion
de cette exposition un catalogue (20 pages, 4 pages couleur).
Prix 30 francs. Pour commander: cliquez
ici
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