Sonia Bauters
Emotion
planétaire
Peintre belge, installée à Crésuz, Sonya
Rosalia Bauters s’inscrit dans le lignage des surréalistes
symbolistes, une poétique de l’espace et de l’objet
détourné investi de sens et de sensualité.
En Suisse, elle a exposé à plusieurs reprises à Charmey, à Gstaad
et au musée gruérien de Bulle. Professeur retraité de
l’Académie royale de Saint-Nicolas (Belgique), elle
poursuit aujourd’hui sa carrière en terre helvétique
mêlant habilement sa Belgique natale et la Suisse qu’elle
a choisi.
«Emotion planétaire» est un projet pictural
d’une cinquantaine d’oeuvres dont plusieurs grands
formats. Après un accident cérébral, elle
vit une expérience inédite entre la vie et la mort.
Cette émotion ressentie brutalement, elle la transcrit
désormais dans son oeuvre, peignant ces lumières
de l’au-de--là entrevues et auxquelles elle a échappé.
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A l’occasion de cette
exposition, le musée du Pays et Val de Charmey publie
un catalogue autour de l’oeuvre de Sonya Rosalia
Bauters avec plusieurs reproductions en couleur. Ce catalogue,
au prix de vente de 30 francs, peut être commandé par écrit,
par téléphone (026 927 55 87) ou par E-mail: musee@charmey.ch
Sonya Rosalia Bauters
Artiste peintre
Longchamp
1653 Crésuz (Fribourg)
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| Naissance en 1938 à Anvers |
| 1958 Baccalauréat
classique à Anvers et entrée à l’Académie
royale des beaux-art d’Anvers |
| 1961 Diplôme
des beaux-arts et atelier à l’Institut
supérieur des beaux-arts d’Anvers |
| 1962 à 1998 Enseignement à l’Académie
royale de beaux-arts de Saint-Nicolas (Belgique) |
| 1965 Lauréate
du prix international de céramique de l’Institut
supérieur des beaux-arts de Prague |
| Dès
1965 Fréquents séjours à Crésuz
(Fribourg) |
| 1965 à 1970 Naissance
de ses trois fils |
| 1999 Installation
définitive à Crésuz (Fribourg)
où elle travaille désormais |
| 2001 Accident
cérébral et hospitalisation à Lausanne
et en Belgique |
| 2002 Exposition
au musée du Pays et Val de Charmey |
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EXTRAITS DU CATALOGUE
Dans cette oeuvre, tout peut s’expliquer, rien n’est
laissé au hasard. Et une fois n’est pas coutume,
Sonya Bauters raconte et surtout, donne les clefs de son imaginaire.
Il ne faut rien oublier de cette expérience unique, de
ces couleurs, de ces symboles entrevus aux portes de la mort.
Alors, elle, qui dans le passé érigeait la pudeur
en dogme, rompt les digues de la mémoire et pour que rien
ne se perde, elle dit, elle dénonce et elle montre. La
peinture devient urgence, bouée de sauvetage, même
raison suprême puisque sans son pinceau, sans cette volonté de
dessiner plus tard cette aventure, elle aurait perdu tout espoir.
Ce n’est plus vivre pour peindre mais bien au contraire
peindre pour vivre.
Au-delà de l’anecdote, de l’état de
nécessité que représente cette oeuvre, cette
exposition, demeure une artiste habile à jouer de la figuration
pour proposer de petits espaces de poésie pure. Les feuilles
d’or et d’argent, la peinture à l’huile,
le dessin, Sonya Bauters fait preuve d’une virtuosité technique
impressionnante, une habileté mise au service d’une
symbolique qui dépasse de loin sa propre histoire. Miroir
de tendresses et de sensualité, ses toiles nous emmènent
dans un voyage sensible, sans mots et sans syntaxes. Le musée
du Pays et Val de Charmey a le grand plaisir de présenter
l’oeuvre de cette artiste qui vit dans la région
depuis quelques années après y être venue
se ressourcer, se reposer pendant plus de quarante ans. Elle
capte si bien cette lumière entre neige et soleil, entre
jour et nuit. Cette lumière qui devient celle d’un
matin entre la mort et la vie.
SONYA ROSALIA BAUTERS RACONTE:
Je pensais: il faut que je m’accroche, que je pense très
fort pour rester en vie, que je n’oublie rien de tout ce
spectacle. J’avais ni peur, ni mal. Je vivais en direct
mon propre apocalypse. Il me fallait rester consciente et surtout
rien n’oublier. J’ai compris, que ce qui m’arrivait, était
le résultat de deux ans de tristesse et d’égarement.
Je me souvenais et revoyais mon vieux mal
refaire surface. Il me perçait le coeur d’une épingle et me clouait
contre un mur comme un papillon. Ma tête tombait de mes épaules
et roulait par terre. Il la ramassait et la jetait dans un enclos
où se trouvait la lionne, compagne du vieux mal, corps
superbe de femme et tête de lionne. Par ma gorge, je voyais,
plus bas, un lac rouge où voguaient de petits bateaux,
qui, soudain, prenaient feu. Les flammes me touchaient presque.
La lionne s’est réveillée, est venue près
de ma tête et a léché mes larmes. Elle s’est
roulée sur ma tête et j’ai entendu craquer
mon crâne. Triste, je voulais pleurer comme, des nuits
entières, j’avais pleuré mon vieux mal. Cette
souffrance je la connaissais, ces douleurs je les connaissais,
elles étaient l’origine de mon accident cérébral.
Je suppliais la femme-lion mais déjà, indifférente,
elle s’éloignait. Je regardais attentivement pour
reconnaître quelque chose de familier. J’ai aperçu,
au loin, mon cheval qui galopait chargé de branches. J’ai
essayé de le suivre mais il m’a échappé.
Tout m’échappait mais je n’éprouvais
ni regrets, ni peurs.
Je mémorisais sans cesse les mots et les images qui défilaient
pour ne rien oublier. Soudain, j’ai entendu des coups de
canon, ce bruit lié à la guerre et à mon
enfance. Je ne voyais pas le canon mais je savais que cela passait,
là, dans mon cerveau. J’ai reconnu les murs qui,
auparavant, soutenaient mon crâne. A chaque coup, ils tremblaient,
menaçaient de s’effondrer dans un scintillement
de feu d’artifice doré.
Le rouge s’est alors dissipé, cédant la
place à un lac bleu, vert foncé et frais où mon
corps flottait à la surface. Nous étions plusieurs
côte à côte. Au-dessus de nous, les voiles étaient
devenus blancs et nous attendions, tous, à être
soulevés. Je me souviens avoir pensé et prononcé cette
ultime phrase: tiens, la résurrection, cela existe vraiment!
Alors je me suis endormie avant d’ouvrir, plus tard, les
yeux sur la réalité, vivante et sans n’avoir
rien oublié.
Ce récit est nécessaire pour la bonne compréhension
des dessins faits à Lausanne, à l’hôpital,
des oeuvres réalisées depuis mon retour à Crésuz.
Grâce à la
confiance du musée du Pays et Val de Charmey, j’ai
pu préparer cette exposition avec une seul main valide.
Une équipe formidable à l’hôpital Nestlé,
le CHUV à Lausanne m’ont permis de sauver de l’oubli
toutes ces images, cette vision dans les moindres détails.
La peinture m’a sauvée du désespoir et du
suicide. J’exprime ma gratitude à tous ceux qui
m’ont aidé dans ma maladie et qui m’ont permis
de réaliser cette exposition «émotion planétaire»,
exposition que je leur dédie.
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